Onze ans. C'est le temps qui s'est écoulé depuis mon départ de l'administration, fin 2007, empli de l'espoir de transformer le service public depuis l'extérieur.

Je pressentais qu'une équipe dédiée au service public mais non rattachée à tel ministère ou telle collectivité pourrait s'inscrire dans un cercle vertueux : être mobilisée chaque fois que les porteurs de projets publics la considéreraient utile, dans des conditions économiques agréées de part et d'autre. Libéré des règles de gestion RH publiques, j'espérais pouvoir recruter avec plus de souplesse des experts de tous horizons - développeurs, directeurs de programmes, architectes, ingénieurs R&D, consultants, commerciaux - désireux d'apporter leurs idées et leur énergie au service de bien des projets.

Avec un attelage allégé, des coûts de gestion maîtrisés, et une connaissance terrain des enjeux et des opportunités de l'administration, nous pourrions peut-être concurrencer les cabinets de conseil traditionnels pour accompagner les transformations numériques, et les grands éditeurs logiciels et SSII pour dématérialiser les procédures publiques.

Mutualisation, innovation, focus sur la valeur ajoutée et prix agressifs : le positionnement était choisi ! Et plutôt que chercher à lever des fonds, comme toute start-up qui se respecte, nous avons préféré nous développer lentement mais sûrement et compter uniquement sur nos propres forces pour grandir.


Trois entreprises ont vu le jour sur ce modèle :

  • Adminext, cabinet de conseil puis opérateur de transformation numérique des organisations publiques
  • 6Tzen, éditeur logiciel, spécialiste de la dématérialisation des échanges avec les usagers et des méthodes de travail des agents
  • Workibox, qui libère les entrepreneurs de la bureaucratie et leur permet de créer et de développer leur PME en consacrant leur énergie à ce qui compte vraiment : leurs produits, leurs clients, leurs salariés

Elles m'ont toutes les trois donné énormément de plaisir, en particulier parce que les équipes qui s'y sont consacrées étaient vraiment compétentes et bienveillantes - une ancienne salariée a utilisé un terme très fort qui m'a beaucoup fait réfléchir : la fraternité professionnelle.

Nous avons aussi eu la chance de croiser de nombreux clients passionnés par leur métier, convaincus que le numérique était la clé pour rendre le service public plus accessible et plus performant, et suffisamment courageux (ou inconscients !) pour confier à une TPE leurs projets critiques.

Avec Workibox, nous avons accédé à une dimension sociale que nous ne soupçonnions pas quand nous élaborions nos plans marketing : l'accompagnement d'entrepreneurs éloignés de l'éducation, de l'emploi, habitant dans des territoires parfois sinistrés, mais pourtant pleins d'énergie et désireux de s'en sortir par le travail. Une vraie claque, qui remet en perspective les enjeux du service public de demain.

Notre parcours a aussi connu quelques mésaventures : des services mal pensés, ou trop complexes, ou bien encore arrivés trop tôt ou trop tard sur le marché. Nous avons essayé de nous remettre en question à chaque fois, et d'accepter l'échec pour mieux profiter des succès.


Avec l'aide de mes compères de toujours - Nicolas et Caroline - nous avons amené 6Tzen et Workibox à maturité. Ces entreprises vont désormais voler de leurs propres ailes et continuer à simplifier la vie administrative de dizaines de milliers de personnes.

Pour sa part, Adminext entre en veille pour une période indéterminée.

Quant à moi, une nouvelle aventure m'attend au sein de l'Etat : la Direction Interministérielle du Numérique.

Au programme : la transformation numérique du service public. Rien de moins !

Nadi BOU HANNA